L’œuvre de Niki de Saint Phalle

Artiste franco-américaine autodidacte, l’art apparaît d’abord à Niki de Saint Phalle comme un moyen de se relever de sa dépression mais devient vite une fin. Elle naît en 1930 à Neuilly sur Seine et décède en 2002 en California.

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Elevée entre la France et les Etats-Unis, c’est en France qu’elle se forge sa personnalité d’artiste dans un climat culturel plus libre, tout en étant influencée par les Etats-Unis. Réalisant d’abord des peintures qu’elle expose sous son nom d’épouse Niki Matthews, elle commence dès les années 196,  les oeuvres qu’elle qualifie d’ ”assemblages” .

Elle ajoute dans ses compositions des objets, qu’elle expose désormais sous le nom de Niki de Saint-Phalle. Il s’agit de sa nouvelle identité d’artiste, après avoir abandonné mari et enfants pour se consacrer pleinement à son art. Cet abandon se fera d’ailleurs ressentir dans son art, notamment dans la série des sculptures des mères dévorantes. Il s’agit du miroir du propre abandon de sa mère, quand elle avait quelques mois.

Sous l’influence de Marcel Duchamp, et des Nouveaux Réalistes, l’objet s’affirme de plus en plus dans son œuvre.

Il finit par devenir le principal protagoniste de son art quand elle commence ses Nanas à l’âge de 30 ans.

Les premières œuvres de Niki de Saint Phalle:

Ses premières œuvres sont des peintures planes, sans objet. Par exemple, son œuvre Portrait de famille est une huile sur toile où elle s’est représentée en compagnie de ses parents. On ne dirait pas qu’il s’agit d’une famille: les personnages ont l’air étranger les uns aux autres.

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Niki de Saint-Phalle (1930-2002) , Portrait de Famille, c. 1954-55, huile sur toile, 103 x73 cm, Hanovre, musée Sprengel

 

Quelques années après avoir commencé à peindre, elle décide d’introduire des objets dans ses compositions qu’elle nomme « Assemblages ». Le terme « assemblage » désigne le fait d’utiliser des matériaux divers, pour composer une œuvre en relief. Cette pratique commence à être connue du grand public grâce à l’exposition du Museum of Modern Art à New York en 1961.Niki de Saint Phalle participe à cette exposition ce qui lui permet d’être connue internationalement.

L’introduction de l’objet résulte d’un geste violent de l’artiste : elle fixe un objet dans du plâtre et le prive de sa fonction initiale. Son art lui-même est violent : les objets choisis sont agressifs. Le choix de l’artiste d’utiliser des objets dangereux violents révèle un aspect de la propre subjectivité de l’artiste. Il y a donc une dimension psychologique dans l’œuvre en plus d’un dimension historique (la référence à la société de consommation).

L’objet ici demeure dans son état originel, mais il est détourné de sa fonction initial. Ce dernier est porteur d’un message ou du moins des névroses de l’artiste.

La peinture est finalement abandonnée par l’artiste : elle ne sert plus qu’en grande couche de fond comme dans Le Hachoir.

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Niki de Saint Phalle (1930-2002) , Le Hachoir, 1960, peinture, plâtre, objets divers (hachoir, pelote de ficelle, rouleau à pâtisserie, divers outils) sur contreplaqué, 65 x 50 cm, Hanovre, musée Sprengel

On note une évolution dans le choix des objets utilisés qui peuvent d’ailleurs aussi être extérieur à l’œuvre (le fusil est celui qui fait l’œuvre, résultant du hasard). On peut remarquer qu’ils sont usagés et sont issus de récupération.

Les tirs de Niki de Saint Phalle

Les tirs constituent une autre phase dans l’œuvre de Niki de Saint Phalle. Une phase qui suit les Assemblages.

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Niki de Saint Phalle (1930-2002), Grand Tir (Séance de la Galerie J, 30 juin 1961), Plâtre, peinture, grillage, ficelle, plastique sur panneau d’aggloméré, 143 × 77 × 7 cm, Collection privée, © André Morin

C’est durant l’exposition de ses œuvres, en 1961 au musée d’Art Moderne de Pari,s que lui vient l’idée de « faire saigner la peinture ». L’idée lui apparaît face à un relief blanc de Bram Bogart. « Je tirais sur la société avec ses injustices. Je tirais sur ma propre violence. ». La première démonstration publique a lieu à Paris Galerie J (la propriétaire est l’épouse de Pierre Restany :l’auteur du manifeste des Nouveaux Réalistes) le 30 juin 1961. Pendant 2 semaines les visiteurs ont pu tirer.

Le contraste entre le fond blanc de l’oeuvre qui attend les coulées de peintures colorées permet de renforcer la violence du geste et du rendu.

Le tir est une sorte de mise en scène de la mort, une critique sociale politique et une revendication de la condition de la femme dans la société.

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Niki de Saint Phalle (1930-2002), Vénus de Milo, 1962,©: le monde

L’artiste ne se contente pas seulement de tirer mais, elle va plus loin dans le message qu’elle transmet : elle s’attaque à la religion dans la série des Autels dès 1961, 1962. En s’attaquant à la foi et à l’Eglise elle dénonce son éducation religieuse qu’elle ne supporte pas : encore une fois on retrouve le caractère autobiographique de son œuvre. Le public a également encore une fois un rôle non négligeable dans l’oeuvre : il peut l’ expérimenter y participer.

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Niki de Saint Phalle  (1930-2002), Autel OAS, 1962, source : artransfer

Le paradoxe de son oeuvre : l’art naît de la destruction : le tir crée la peinture: la destruction crée l’œuvre. Pour créer Niki détruit.

 

Les Nanas

Encore une fois, l’artiste fait prendre un chemin radicalement différemment à son œuvre à travers les Nanas. Il s’agit d’une « troisième » phase dans son œuvre (même s’il est un peu superficiel de découper son œuvres en phases distinctes)

Les Nanas marquent changement d’orientation de son œuvre : c’est une réflexion tournée sur la place de la femme et son corps qui la préoccupe depuis toujours. Elle a été élevée dans le seul but d’être une bonne épouse et mère. Cette réflexion prend la forme de déesses colorées. L’inspiration lui vient d’un dessin de son ami Larry Rivers qui représente sa femme enceinte.

Au début,  ce sont que des maquettes puis elles deviennent des sculptures de papier mâché puis de polyester polychromé. Elles sont montées sur des ossatures et recouvertes de textiles assemblées après avoir trempés dans la colle. Les mariées blanches sont souffrantes, il y a aussi des prostituées, sorcières. Le nom provient peut-être de celui de la gouvernante qui s’occupe d’elle.

Elles permettent à l’artiste de s’affirmer comme sculpteur. Ce sont des déesses colorées joyeuses, dansantes, multi-ethniques à l’encontre des canons de beauté de l’époque : toute en rondeur, toutes en forme car Niki de Saint Phalle aime le rond. Leur corps sont néanmoins érotisés malgré la disproportion. Ces Nanas permettent à l’artiste de dénoncer l’ oppression des minorités avec les Black Nanas.

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Niki de Saint Phalle (1930-2002), Dolores, 1968-1996, 5,50m, Polyester peint sur grillage, Hanovre, musée Sprengel ©:RMN

Ses œuvres occupent l’espace public. Elles sont aussi, le reflet de la place décorative que les hommes attribuent aux femmes dans la société. Ces sculptures sont peut-être une référence à son rôle de « sex symbol » que Niki de Saint Phalle a connu, plus jeunes, durant ses années de mannequinat. Le paroxisme de la Nana est atteint avec la Hon à Stockholm.

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Niki de Saint Phalle (1930-2002) J. Tinguely (1925-1991) et Per Ultvedt (1927-2006), Hon, 1966, Stockholm, visiteurs de l’exposition du musée d’art moderne ©: Hans Hammarskiöd

Le spectateur a un rôle actif dans la sculpture :  on passe d’une sculpture stricto sensu à une architecture habitable : il y a plusieurs salles dans la Hon. Cette œuvre préfigure Le Rêve de l’oiseau et le Jardin des Tarots.

L’oeuvre de Niki de Saint Phalle autobiographique confie à l’objet une vocation dénonciatrice éloignée de sa fonction habituelle. Tout en détournant l’objet de son traditionnel usage, elle abandonne la peinture pour ses assemblages et y revenir plus tard lors de ses tirs et des Nanas.

Gwenola Bovis

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