Art étrusque : Le Sarcophage dit des Epoux

Exposée au Musée du Louvre, cette oeuvre funéraire est réputée l’une des plus belles de l’art étrusque. Cette sculpture étrusque révélatrice du savoir-faire étrusque et la maitrise des artistes de Caeré (ville située dans l’Etrurie), révèle l’importance du culte des défunts au sein de cette société et la place, hors norme, au sein du bassin méditerranéen de la femme Etrusque.

Les Etrusques occupent l’Italie avant les romains, il s’agit d’une civilisation brillante mais qui nous a laissé peu de traces malheureusement. Elle s’éteint lors que en -90 av J.C. lorsqu’ils deviennent citoyens de Rome durant la guerre sociale.

Le monde des morts nous offre plus d’informations sur les étrusques que le monde des vivants. Les nécropoles nous livrent des informations sur l’organisation de la société et notamment l’importance les rites funéraires. A titre d’exemple, le sarcophage dit Le Sarcophage des époux a été trouvé en 1845 ou 1846 par le marquis Giampietro Campana (1808-1880) dans la nécropole de la Banditaccia à Cerveteri, le nom romain de la ville de Caeré. La tombe étrusque est une des plus belles pièces et une des mieux conservées de la collection Campana qui est achetée par Napoléon III.

Réalisé par un auteur probablement étrusque, en terre cuite, le sarcophage date de 520, 510 avant J.-C. période du règne du roi étrusque Tarquin le Superbe (environ 535-509 av J.-C.). D’une hauteur de 1,11 mètres, d’une largeur de 0,69 mètres pour 1,94 mètres de longueur. Sa cuve est de 1,62 mètres de longueur pour 0,69 mètres de largueur.

Quid de la fonction de l’objet ?

A l’ époque archaïque, l’inhumation est pratiquée par la société étrusque mais l’incinération est la technique la plus répandue, en atteste la présence des urnes. Cette sculpture peut donc être une urne funéraire ou un sarcophage. Le choix d’une urne ou du sarcophage permet d’assurer une meilleure protection aux restes ainsi qu’ une meilleure survie. Les auteurs se disputent encore la qualification de cette oeuvre en terre cuite cependant la pratique majoritaire étant l’incinération, il s’agit peut-être davantage d’une urne cinéraire selon la majorité des spécialistes.

La facture étrusque

L’artiste s’attache au symbolisme de l’oeuvre et non à la ressemblance avec des personnes : ce n’est pas un portrait. En revanche, l’artiste travaille le jeu des draperies et des mains. On retrouve des traces de polychromie sur cette oeuvre les moustaches et les cheveux de l’homme sont d’une couleur différente. Est-ce une décoloration des cheveux ou alors une perruque ? Nul ne le sait mais en tout il s’agit d’un fait rare dans l’art étrusque que de constater une différence entre la couleur de la moustache et celle des cheveux.

Les influences grecques

Cette oeuvre est le reflet de l’influence de l’art grec dans la production étrusque. Le traitement des draperies et de leur plis, la réalisation des corps en rondeur, le goût du détail sont des traits caractéristiques de l’art ionien, tout comme la position des jambes, allongée,  qui a pour origine la Grèce de l’Est.

Le traitement des yeux des époux est particulier : l’iris et la pupille sont sculptées dans une autre matière que le reste de la sculpture. Ce traitement particulier des yeux existe seulement en Grèce. Les accessoires et les vêtements des époux sont à la mode ionienne. Par exemple, ce collier « tour de cou » porté par la femme est présent dans l’art ionien et aussi en Lybie et est d’inspiration orientale.

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Le statut social des femmes étrusques

Le geste du bras de l’homme vers sa compagne nous laisse deviner qu’il s’agit de son épouse. L’artiste réalise un traitement similaire de la femme et de l’homme ce qui est un signe d’égalité. Le couple de banqueteurs semble particulièrement heureux épanoui, les époux sont tendres l’un envers l’autre : ils sont égaux face à la mort et enlacés.

La femme étrusque, a contrario de la citoyenne romaine et grecque, est dotée d’un véritable statut social et d’une importance au sein de la société et de ses institutions à l’instar de la citoyenne gauloise. Cette dernière sort assiste aux spectacles sportifs, banquete, aux concerts et aux jeux. La citoyenne étrusque également un rôle dans l’éducation des enfants ainsi que la gestion du patrimoine : elle peut être propriétaire en son nom propre. Ce statut social particulier et unique parmi les civilisations romaines et grecques, se retrouve dans la sculpture : en effet, la défunte est au même plan que son mari, et elle a d’ailleurs un rôle dans le rituel funéraire : elle verse dans la paume de son mari l’huile parfumée (que l’on retrouve dans le rituel funéraire); malheureusement le sens de ce geste nous est inconnu.

courtisane grecque
Une scène de banquet (symposium) avec une courtisane sur une céramique grecque à figure noire

Les grecs et les romains ne comprennent pas la liberté et le statut de la femme étrusque, et ils n’hésitent à faire une description peu flatteuse des femmes étrusques. Dans l’art grec, seule une courtisane peut être représentée en train de banqueter : il est impossible  qu’une citoyenne grecque soit représentée en train de banqueter.

 

L’importance de la religion et des funérailles dans la société étrusque

Le couple du sarcophage est représenté dans une activité quotidienne réservée à l’élite étrusque: le banquet. Il est logique de penser qu’il s’agit d’une riche famille de Caeré qui est représentée. Seule une famille suffisamment aisée peut s’offrir une telle œuvre et qui désire faire part de sa richesse.
Il ne s’agit pas seulement d’un couple banqueteur mais de banqueteurs funéraires : la représentation d’un rituel funéraire dans l’art étrusque et notamment dans une sculpture d’une aussi grande taille permet de comprendre que le rituel funéraire est important pour les étrusques.

Le couple, très calme, n’est pas en train de banqueter : la position des mains des deux époux laisser penser qu’ils ne tiennent pas de coupe à vins.

Le banquet est d’inspiration grecque mais il n’est pas rare de trouver en Asie mineure ainsi qu’à Chypre des banquets funéraires.
L’ absence de traces écrites complique l’interprétation de la religion étrusque mais on suppose les étrusques croient en une vie après la mort. Cette croyance d’une vie après la mort pourrait expliquer pourquoi les Etrusques accordent beaucoup d’importance à la destinée des morts en soignant particulièrement les tombes de leurs défunts. L’ampleur des nécropoles, l’aménagement des tombes ainsi que l’abondance et la richesse du mobilier des tombes sont tout autant de témoignages de l’intérêt porté à la destinée des défunts. Le vin aurait d’ailleurs une importance dans le rite funéraire mais également dans la vie sociale des étrusques (il présent dans les représentation scènes de banquet et des rituels funéraires) sans que nous puissions en expliquer la raison.

nécropole
La nécropole étrusque de Tarquinia
© photographies: louvre, biography, wikipedia, unesco
Gwenola Bovis
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